Prospérine Virgule-Point et la phrase sans fin – Laure Dargelos – éditions Rivka – #PLIB2022

Demi-Mot aurait pu être un village ordinaire, s’il n’était pas bâti à la limite du Texte. Jour après jour, les habitants polissent et astiquent les lettres ; ils entretiennent ces milliers de caractères qui, sans leur concours, se seraient déjà effondrés. Chez les Virgule-Point, l’aînée de la fratrie a choisi une voie bien différente : fleuriste ! Elle préfère bichonner des Trompettes à pétales plutôt que de faire prospérer l’empire des points et des virgules. Mais un événement inexplicable ne tarde pas à l’entraîner dans une spirale qui la dépasse.?

Quelle pépite ce roman! Le titre et la couverture m’avaient intrigués et dès les premières lignes, j’ai été happée par le style et l’univers. Comme c’est original! Et bien fait!

Je buvais du petit lait en fait, si vous me permettez l’expression. Imaginer que chaque écrit vit m’a particulièrement plu, moi qui ai écrit quelques histoires pendant mon adolescence.

Le personnage de Prospérine, loufoque et généreux, à contrecourant des autres habitants de son village, est génial. Et sa rencontre avec un ancien du village devenu snobinard premier du nom, est pleine d’humour. Car Honoré n’a d’autre inquiétude que de repartir le plus vite possible de cet horrible endroit qu’est Demi-Mot après avoir retrouvé ses boutons de manchette dévorés par Héloïse (sorte de personnage secondaire unique au monde). Mais Prospérine étant Prospérine, il ne va bien sûr pas du tout en être ainsi. Et c’est sans trop comprendre pourquoi ni comment qu’il va former un duo avec la jeune demoiselle pour découvrir qui cherche à détruire leur village.

Dans ce livre, il y a de l’humour, de l’action, un univers barré et terriblement bien construit, des personnages attachants, et le meilleur… un livre!!

Je dois vous parler du livre papier.

J’ai pleins d’ebooks et j’adore les avoir. Mais il y a des livres qui ne doivent être lus qu’en papier. Celui-ci en fait partie. Car l’histoire imaginaire quitte le fictif et prend vie grâce au livre papier. C’est magnifique. Je me suis régalée de voir comme la mise en page était modifiée selon ce qu’il se passait dans le récit. Vraiment, je vous le conseille: lisez-le en papier. Il est beau comme tout. La maison d’édition vient de refaire une réimpression du livre avec pas mal de modifications mais j’ose imaginer que ce livre reste une beauté en tant qu’objet-livre.

En résumé, vous l’avez compris: c’est génial, ce livre est tellement beau, c’est si original d’entrer dans un livre et de tomber dans un univers également livresque, j’ai adoré les personnages, l’histoire, l’humour! Bref, quasiment tout.

Seul ombre au tableau, l’explication finale sur un certain personnage qui ne m’a pas complètement convaincue. Mais qu’à cela ne tienne, j’ai tellement aimé le reste que j’ai balayé ce petit point négatif sans effort.

Ce livre est finaliste du #PLIB2022 et je lui souhaite tout le meilleur!

#ISBN9782957023745

[PLIB2021] Rocaille – Pauline Sidre – Sillex éditions

Gésill ne dort plus depuis qu’il est mort.

Assassiné puis ramené à la vie par les Funestrelles, des brigands sans scrupules qui voudraient le voir reprendre son trône, l’ancien roi Gésill n’a plus goût à rien.

Son sang vert, autrefois seule source de végétation de la Rocaille, s’est tari. Il pourrit. Seul un représentant des Magistres, ces êtres mythiques exterminés par les ancètres de Gésill, pourrait y remédier.

Aussi, lorsque les Funestrelles, accompagnés du défunt, se mettent en quête de trouver un jeune homme qu’on dit leur dernier descendant, ils sont loin d’imaginer que leur découverte ébranlera toutes leurs certitudes. Sur la Rocaille comme sur eux-mêmes.

Mon avis:

Voici un finaliste du PLIB qui m’intéressait. J’avais pu lire le début du roman pour me faire une idée et il m’avait intriguée.

J’ai été complètement embarquée dans cet univers! Il est incroyable, vert et aride, terriblement mystérieux. L’autrice va nous permettre, au fil du récit, de faire des bonds dans le temps et de saisir pleinement la portée du drame qu’il s’est passé autrefois et dont les répercussions se ressentent toujours intensément dans le présent. C’était tellement visuel, j’y étais, je voyais les scènes se dérouler devant mes yeux avec beaucoup de clarté. C’est un grand plus, car le paysage est comme un personnage dans ce roman, il possède une grande importance. De ce fait, le voir aussi clairement apporte une solidité au récit et m’a permis une immersion très agréable dans l’histoire.

Gésill est très intéressant car il reste lui-même et ceci sans artifice. J’entends par-là que c’est/c’était un roi, et s’il était loin d’être parfait de son vivant, ce n’est pas mort qu’il va se transformer en super-héros. Non, il n’aimait pas diriger vivant, c’est pareil mort. Il n’était pas fédérateur vivant, mort également. Et ainsi de suite. Beaucoup de personnages évoluent fortement dans un récit. Gésill, lui, a plutôt trouver une sorte de paix, si l’on peut dire. Il a pu comprendre son passé et donc mieux appréhender le présent et le futur aussi. A l’image d’un fantôme, il va réussir à laisser la vie aux vivants. Et pour autant, malgré tout cela, je n’ai pas réussi à m’attacher à lui. Je ne peux m’empêcher de me dire que ce n’était pas le but, de le trouver sympathique. Mais s’ai apprécié de le trouver authentique, étant donné que c’était l’un des personnages principaux, ce manque de chaleur à son égard m’a un peu gênée durant ma lecture.

Luèlde, Iliane, Fauchon, autant de personnages que d’histoires auprès de qui j’ai davantage ressenti d ’empathie et qui vont entourer Gésill bon gré mal gré, tous ressentant un trouble étrange à son contact. Un roi mort mais vivant, un être privé d’une magie autrefois si puissante, un ignorant de la vraie vie, un riche… tout ce qu’ils ne sont pas mais qui ne les empêcheront pas de voir au-delà des préjugès. Tous ont quelque chose en eux qui vont les amener à découvrir une vérité qui, comme bien souvent, n’est pas belle à voir.
Cette vérité fait mal, c’est un tel gâchis. Ou comment l’homme peut cruellement manquer de considération pour ses semblables… cela, l’autrice l’amènent dans un univers fictif, mais j’ai trouvé cela tristement plausible d’une certaine manière.

En résumé, c’est un livre à l’univers originale, très bien construit, entier et dépaysant. Une plume descriptive qui m’a fait voyagé dans un autre monde, une intrigue bien ficelée mais un petit quelque chose qui m’a manqué: est-ce le personnage de Gésill? Autre chose? J’ai de la peine à le dire mais toujours est-il que je recommande vivement ce roman, one-shot, qui saura vous emmener sur les traces d’un pouvoir vert vital et mystérieux.

#ISBN9782490700035 #PLIB2021

Quand viendra notre tour – Lucie Bernard – Kadaline

Le monde n’est plus ce qu’il était. L’argent a pris le pouvoir, domptant les hommes. Anemis, la plus grande ville du monde, est coupée en deux par une barricade ayant pour but de séparer les riches des pauvres. Alicéa est la fille du dirigeant de la ville, l’homme le plus prestigieux du monde. Coincée parmi les Privilégiés, elle ne doit pas faire un seul faux pas afin de pouvoir garder son titre et espérer un jour succéder à son père.
Cependant, toute cette mascarade l’épuise et son regard se tourne vers l’autre côté de la ville, ce territoire regorgeant de sauvages qu’elle doit à tout prix éviter. Brett habite de l’autre côté de la barrière et est condamné à y rester. Loin de se satisfaire de sa condition de reclus, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour sauver sa famille et s’extirper de cet environnement dégradé. Il va même jusqu’à traverser la barricade pour trouver de quoi vivre, au péril de sa vie.

Dans le cadre de mon partenariat avec Kadaline, voici ma chronique de  »Quand viendra notre tour » de Lucie Bernard que je suis depuis quelques temps sur les réseaux sociaux.

J’ai mis un certain temps à rentrer dans le roman, ce qui n’est pas étonnant en fait. Il fallait le temps de placer l’intrigue, le décors, les personnages… et ensuite ce n’était que du plaisir.

On a donc affaire à une forme d’idéal où les problèmes sont mis de côté. Enfin, quand je dis problème, c’est une façon de parler. Disons plutôt que ce qui dérange les puissants est caché. Et quoi de mieux qu’une palissade pour ce faire.

Brett vit du côté pauvre de la palissade. Son père est décédé comme tant d’autres en essayant de grapiller des miettes de nourriture et Brett tente de subvenir aux besoins de sa mère et de son tout jeune frère. Malheureusement, il ne peut jamais avoir assez à manger. Alors quand il a, via son amie Tina, une occasion d’améliorer son quotidien, il ne résiste pas et va ainsi mettre les pieds dans un engrenage assez terrible. Alicéa, elle, est son pendant côté riche. C’est la fille du Dirigeant. Et pourtant, elle réprouve totalement ce clivage pauvre/riche. Sa rencontre avec ceux de l’autre côté va bouleverser sa vie.

Si la structure même de l’intrigue est assez classique, j’ai apprécié la complexité des personnages. Au premier abord, ils semblent assez simples. Et pourtant, au fil des pages, je me suis rendue compte qu’ils étaient bien plus que cela.

Brett est pauvre, désespéré d’améliorer le quotidien de sa famille, en colère, mais aussi philosophe, aimant, courageux, entier et droit! Alicéa est sensible, seule, pas très heureuse, effrayée par ceux qui l’entourent. Mais elle est également forte, honnête, fonceuse. Et son besoin d’affection est criant et touchant.
Son père, Lanton, ou encore Tina, sont encore plus complexes. Je pense notamment au père, qui, à la toute fin, a un comportement qui m’a déroutée même si tout du long, il est intriguant. J’ose imaginer qu’on en saura plus dans le tome suivant qui devrait sauf erreur paraître à la fin de l’année. Lanton aussi, a des comportements assez perturbants. Il souffle beaucoup le chaud et le froid. J’étais souvent perdue, mais en même temps, je devinais que c’est aussi parce qu’il a une idée derrière la tête que moi, lectrice, ignore. Je suis donc dans l’attente de découvrir le fin mot de l’histoire.
Tina aussi a de la suite dans les idées. J’ai d’ailleurs aimé l’évolution de son personnage. Je n’en dirais pas plus pour ne pas vous révéler ce qu’il en est, mais c’était sympa à suivre.

Au fil des pages, le roman devenait meilleur. Je lisais toujours plus longtemps, plus souvent, jusqu’à arriver au grand final explosif et qui donne absolument envie de découvrir la suite. Je suis un peu sur ma faim, je dois dire..

Alors oui, avec tout ce que j’ai pu lire dans le même genre, je n’ai pas trouvé que le fil rouge était original, mais clairement, c’était très bien fait, bien écrit, les personnages m ‘ont vraiment plu, j’ai aimé leur évolution, leur psychologie. J’ai vraiment passé un bon moment. Et j’en veux encore, vivement la suite!

Peine-Ombre – Ariel Holzl – 404 éditions

Et si une Éclipse faisait basculer le monde dans les ténèbres ?

Tous les trente ans, les ténèbres infectent les terres d’Astravia, empoisonnent les vivants et les transforment en monstres. Mais elles accordent aussi aux nouveau-nés des pouvoirs quasi-divins. On les appelle les Éclipsiens et Livianne Palumbre est de ceux-là. Elle sait écouter les ombres depuis toujours et s’occupe de défendre les baronnies locales. Un jour, lors d’une banale chasse aux miasmes, l’Éclipse s’abat sur Astravia avec une décennie d’avance. Cette fois, l’obscurité submerge le monde durant trois minutes au lieu d’une seule… À ce rythme, c’est Astravia tout entière qui va disparaître. Livianne devra sortir de sa solitude, retrouver d’anciens camarades de l’académie de Peine-Ombre, qui forme les Éclipsiens, et mettre fin à ce carnage.
Mais il se pourrait que les ombres la dévorent avant…

Mon avis:

Je remercie NetGalley et les éditions 404 pour la lecture de ce nouvel Ariel Holzl. Un auteur que j’ai découvert grâce au PLIB (prix littéraire de l’imaginaire booktubers app) et que je suis d’assez près depuis lors.

Cet auteur possède une imagination que j’apprécie énormément. Il crée des univers toujours sombres, mais sans être déprimants. Il y a toujours cette petite pointe d’humour, un espoir discret mais toujours présent qui fait qu’on s’y sent bien et qui porte le lecteur toujours plus loin.

Ici encore, je voulais en savoir plus sur cet univers original et tellement maîtrisé. Si on n’en voit pas le quart, on sent toutefois qu’il est complet et qu’Ariel Holzl pourrait y revenir tant dans un nouveau lieu que dans une autre temporalité. Ou pas… la boucle est bouclée à la fin du roman, mais qui sait?

Livianne, depuis le début, m’a intriguée. Il y avait un petit quelque chose qui m’interpellait chez elle sans que je n’arrive à mettre le doigt dessus. Et il m’a fallu attendre la toute fin pour comprendre. Vous savez, ce moment où vous vous dites: « ah voilà, c’était ça! ». Je la trouvais à la fois forte et fragile, importante et transparente, étrangement centrale… Et puis, il y avait ce passé, cet incendie que j’ai tout de suite deviné être la base de toute cette histoire. Si j’avais bien imaginé que j’aurais le fin mot de ce mystère à la fin du livre, je ne l’attendais ni à ce moment précis, ni de cette manière-là. Et je n’avais pas vu venir cette révélation non plus. Pour cela, j’ai été agréablement surprise.

J’ai beaucoup aimé Vernest, Malthias et les autres. Ils sont insupportables, attachants, froids ou colériques. Distants et collants. Il y a de tout, mais ce qui les réunit, en dehors d’être des éclipsiens, est de s’entendre comme chien et chat. Et si, au fond, ils sont soudés, il faut attendre le danger pour s’en apercevoir. Cela donne lieu à d’intéressantes joutes verbales qui amènent à la fois de la tension, mais aussi de l’humour à un récit qui véhicule de bien sombres images.

La fin un peu rapide m’a un peu déstabilisée. Alors que tout du long, l’auteur pose les éléments, fait monter la pression jusqu’à la toute fin, cela s’essouffle en quelques pages. C’est un peu dommage! Rien de bien grave en soi, car ce que je retiens de ce livre reste l’univers, la plume et les personnages qui m’ont vraiment embarquée et ne m’ont jamais lâchée.

Comme d’habitude, cela a donc été une bonne lecture que je recommande à tous ceux qui aiment la fantasy, la noirceur ou encore, les one-shot 😉

Autres chroniques d’Ariel Holzl:

Les enfants d’Aliel T4; Le porteur d’espoir – Sara Schneider

Les enfants d’Aliel Tome 1

Les enfants d’Aliel Tome 2

Les enfants d’Aliel Tome 3

L’avant-dernier tome! Je remercie encore une fois Sara Schneider pour l’envoi de son livre en numérique qui m’a permis, encore et toujours, de passer un excellent moment.

C’est une série coup de coeur, qui m’a embarquée dès le début dans une aventure qui ne cesse de s’étoffer.

Le grand plus de cette série est la profondeur de ses personnages. Ils sont nombreux et les configurations des groupes changent continuellement, nous proposant divers alliances et ambiances. De plus, chacun évolue, apprend à se connaître, et au gré de rencontres parfois bienveillantes, d’autres fois malveillantes, ils découvrent des aspects d’eux-mêmes qu’ils ignoraient. Ils sont tous nuancés. Il n’y a pas de personnage lisse. L’exemple de Lilas l’illustre parfaitement. Quel chemin depuis qu’elle a quitté sa Nivlande natale! C’est une tout autre personne, même si c’est toujours la douce Lilas du début.

Dans ce tome, Lilas et Jaz sont particulièrement mis à l’honneur. Mon coeur a saigné pour ce petit garçon forcé de grandir trop vite, trop violemment. Son courage, sa détermination est admirable et sa pierre, toujours plus mystérieuse. On ne parlera pas du final du livre qui est une véritable pépite. Cette pierre a décidément plus d’un tour dans son sac, si j’ose…
Lilas, elle, va affronter un adversaire inattendu. Je dois dire que c’est ce que j’ai le moins aimé dans le livre, ce genre de situation étant ce que je n’apprécie jamais en littérature. Heureusement, ce n’est qu’un intermède et cela va permettre à Lilas de s’élever considérablement. J’ai beaucoup aimé ce qu’elle devient, et surtout la manière dont elle va mettre tout le monde d’accord.
Vionel, lui, ne va pas briller tout du long. Il va apparaître très humain et montrer qu’au fond, il est aussi comme tout le monde. Pour autant, il va se révéler être un sacré atout pour la grande bataille de fin de livre. Elle était prenante, glaçante aussi si, tout comme moi, vous avez les images qui défilent devant vos yeux pendant la lecture…
Irika et Nouak sont peut-être moins présents, même si ce dernier a réussi à me donner le tourni, alors même que dans la vie de tous les jours, ce genre de comportement m’est relativement familier 😉 Toujours est-il que j’ai hâte de les retrouver dans ce dernier tome, même si j’ignore de quelle manière…
Carson et Shë-Ly m’ont épatée. dans ce tome, Carson a une destinée que je n’aurais jamais pu prévoir. Et j’ai aimé. J’ai aimé son cheminement, très crédible par rapport à sa personnalité et son passé. J’ai aimé le tournant qu’a pris sa vie, que j’ai trouvé à la fois surprenant et normal. Normal car tout s’est déroulé de manière si fluide que c’est comme si cela devait de toute façon se produire. Shë-Ly aussi, va connaître des moments tendus alors même que j’ignorais d’où son épreuve allait bien pouvoir venir.

Entre une grande profondeur et humanité chez les personnages, une écriture descriptive entraînante et un univers immersif qui met la nature en avant, je ne peux, encore, que conseiller cette saga de fantasy Suisse!